Pour l'état civil français, son prénom est Régis, autrement dit « le roi » en latin. Pour sa culture à lui, il préfère Malik, « le roi » en arabe. D'origine congolaise, il a déjà plusieurs vies derrière lui : le gosse des rues des banlieues chaudes de Strasbourg, le leader des New African Poets qui se sont forgés un nom dans le rap hexagonal, l'artiste solo qui démarre une seconde carrière, l'écrivain philosophe qui a publié « Qu'Allah bénisse la France ! » il y a quelques mois chez Albin Michel. Il faudrait ajouter : l'islamiste devenu adepte du soufisme et donc d'une tolérance retrouvée où la spiritualité doit aider à aller vers les autres et non pas contre eux. Pas si facile que ça socialement et politiquement, tant il est vrai qu'il est plus simple de se construire des postures de haine que des logiques d'amour...
Avocat d'un islam ouvert, évidemment partisan de l'émancipation de la femme (son épouse n'est autre que la chanteuse Wallen), Malik a pour devise « paix, amour et unité ». Une variante, si on veut, de « liberté, égalité, fraternité », mais à laquelle il faudrait peut être ajouter la musique qui a souvent été capable grâce à quelques ambassadeurs emblématiques de faire évoluer le monde. « Oui, je crois à cette force », explique Malik, « un Bob Dylan, avec sa guitare, a plus fait avancer les choses que n'importe qui ».
C'est sans doute le rêve caché du rappeur. A travers sa poésie, ses métaphores et ses chansons, il voudrait changer le monde, être l'un de ces apôtres modernes qui apportent la bonne parole. Un pas est franchi avec son livre et son premier disque en solo qui sont sortis en même temps au printemps 2004. D'un côté une profession de foi un peu plus intellectualisée qui est aussi le journal de bord d'un itinéraire exemplaire, de l'autre un prêche musical moderne où l'intime se conjugue avec un hip hop assagi. Dans le livre et dans le disque, une même envie de convaincre qui passe par des mots choisis, une langue où se reflètent les philosophes des Lumières, la verve d'un Marcel Pagnol, la pensée d'un imam théologien du Moyen Age ou encore la dialectique de Socrate...
A 30 ans, Malik est parvenu à un niveau de sagesse qui l'a réconcilié avec ses origines et qui le prépare positivement à l'avenir. Ceux qui découvriraient subitement le personnage sans connaître son parcours pourraient être déconcertés, mais avec lui la subversion n'est pas où on l'attend. A bas les idées toutes faites, adieu les clichés. L'urgence du changement passe par l'acceptation des valeurs universelles, la condamnation de l'islam obscurantiste, et bien sûr une soul music d'aujourd'hui présentée avec un accompagnement instrumental volontairement sobre, une musique de l'âme et de l'esprit qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Avec sa tendresse et son flow particulier de troubadour urbain cultivé, Abd al Malik en est le meilleur porte-drapeau.
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